Le noyer a mauvaise réputation au jardin. On dit que rien ne pousse dessous, que ses feuilles empoisonnent le compost et qu’il faut les brûler ou les jeter. La réalité est plus nuancée. Les feuilles de noyer contiennent bien une substance toxique pour certaines plantes, mais un compostage correctement mené la neutralise. Voici comment faire.
La juglone : cette molécule qui fait peur
Le noyer produit de la juglone, un composé allélopathique qui inhibe la germination et la croissance de certaines plantes sensibles (tomates, aubergines, poivrons, pommes de terre, azalées, myrtilles). La juglone est présente dans toutes les parties de l’arbre — racines, écorce, feuilles, brou des noix — mais en concentrations variables.
Dans les feuilles fraîchement tombées, la concentration de juglone est significative. Mais cette molécule est biodégradable : les micro-organismes du sol et du compost la décomposent en quelques semaines à quelques mois, surtout en conditions aérobies (en présence d’oxygène).
Un compostage plus long mais tout à fait possible
La clé, c’est le temps. Un compost classique de feuilles mortes est utilisable en six à huit mois. Pour les feuilles de noyer, comptez douze à dix-huit mois pour une dégradation complète de la juglone. Broyez les feuilles avant de les ajouter au tas — ça accélère considérablement la décomposition.
Mélangez les feuilles de noyer avec d’autres matières : tontes de gazon, épluchures de cuisine, carton déchiqueté. La diversité des matériaux active la vie microbienne et accélère la dégradation. Ne faites pas un tas composé uniquement de feuilles de noyer — c’est trop lent et le résultat sera médiocre. Et le compostage fait partie des gestes essentiels de préparation du jardin pour l’hiver — le compost fait partie de la préparation hivernale.
Le rapport carbone/azote à respecter
Les feuilles mortes sont riches en carbone (rapport C/N d’environ 60:1) mais pauvres en azote. Pour un compostage efficace, il faut ramener ce ratio autour de 30:1 en ajoutant des matières azotées : tontes fraîches, marc de café, épluchures vertes, fumier.
En pratique, alternez une couche de 10 cm de feuilles de noyer broyées avec une couche de 5 cm de matières vertes. Arrosez légèrement si le tas est sec et retournez-le tous les mois pour l’oxygéner. Un compost de feuilles de noyer bien géré ne dégage aucune mauvaise odeur — s’il sent l’ammoniaque, il y a trop d’azote ; s’il sent l’œuf pourri, il manque d’air.
Les outils indispensables
Prix moyens constatés — comparez plusieurs enseignes avant d’acheter.
Où utiliser (et ne pas utiliser) le compost de noyer
Une fois mûr (couleur brun foncé, odeur de sous-bois, structure grumeleuse), le compost de feuilles de noyer est parfaitement sûr pour la plupart des plantes : rosiers, arbustes, arbres fruitiers, pelouse, plantes vivaces. La juglone résiduelle est insignifiante.
Par prudence, évitez de l’utiliser pur au pied des solanacées sensibles (tomates, poivrons, aubergines) pendant la première année. Mélangez-le à parts égales avec un autre compost ou du terreau. Les plantes ornementales, les arbres et les haies n’ont aucun problème avec le compost de noyer mûr.
L’alternative : le paillis de feuilles de noyer
Si vous ne voulez pas attendre dix-huit mois, utilisez les feuilles de noyer en paillis direct sur les allées, les pieds d’arbres ou les zones non cultivées. La juglone empêchera même les mauvaises herbes de germer — pour une fois, c’est un avantage.
Étalez les feuilles sur 10 à 15 cm d’épaisseur. Elles se décomposeront lentement pendant l’hiver et au printemps suivant, la juglone aura largement disparu. Vous pourrez alors incorporer les résidus au sol ou les transférer au compost. C’est la méthode la plus simple et la plus naturelle.
